Par Antonin Gouze – aefinfo.fr
« Renforcer le partage d’informations entre les forces de sécurité intérieure et l’Éducation nationale, lutter contre le décrochage scolaire, former deux personnels repères en santé mentale dans tous les collèges et les lycées d’ici fin 2026″ : telles sont quelques-unes des mesures contenues dans la » stratégie nationale de prévention de la délinquance 2026 _2030″ , publiée le 24 avril 2026 par le gouvernement . Ce plan interministériel défend aussi des » alliances éducatives » avec les parents d’élèves, afin de » renforcer leurs rôles dans l’accompagnement scolaire et l’éducation de leurs enfants ». Le plan est élaboré par le ministère de l’Intérieur, avec le ministère de l’Éducation nationale, de la Justice, et avec la collaboration de collectivités territoriales et d’associations.
Présentée par la ministre déléguée à la Citoyenneté Marie -Pierre Vedrenne, la stratégie se veut la « relance ambitieuse de la politique publique de prévention » au travers de « 50 mesures concrètes, pragmatiques et opérationnelles » articulées autour de trois axes dont le premier vise à « mieux adapter [la] réponse aux nouvelles formes de délinquance ».
Dans cette stratégie interministérielle, le rôle du MEN pour contribuer à améliorer la réponse à la délinquance est le renforcement de la sécurité des établissements, mais également la prévention et l’accompagnement des élèves.
Port d’armes blanches : renforcer la coopération entre MEN et forces de sécurité
Afin de « prévenir le port et l’usage d’armes blanches par les jeunes », le plan rappelle l’importance de « sécuriser l’espace scolaire » et souligne la nécessité de « renforcer le partage d’informations entre les forces de sécurité intérieure et les services de l’EN, sur l’identification des établissements dans lesquels des actions de sécurisation doivent être menées en priorité, les contrôles à l’extérieur des établissements scolaires, leurs résultats et les suites, pour mieux appréhender le phénomène et prendre les mesures de protection adaptées, la définition, par la tenue d’états -majors de sécurité, des priorités de chaque territoire en matière de lutte contre l’introduction, le port et l’usage d’armes blanches et d’engager des actions conjointes ».
En cas d’interception d’une arme dans un établissement une réponse « immédiate et efficace » doit être apportée, avec « un signalement au procureur de la République », un conseil de discipline, et une remontée aux autorités académiques via l’application « Faits établissement ».
Des mesures déjà annoncées par Élisabeth Borne en février 2025, lors de l’annonce de fouilles de sas aléatoires à l’entrée des établissements. En ce qui concerne les suites judiciaires, le gouvernement veut « renforcer les conventions EN – justice et formaliser les circuits d’informations sur les suites judiciaires ».
Il souligne aussi le rôle, au sein des DSDEN, du « correspondant du SDSA auprès du DASEN, responsable du suivi des CLSPD / CISPD du département », qui peut aussi participer à d’autres instances de coordination.
Pour un « continuum de prévention de l’enfance à l’âge adulte »
En termes de prévention, la stratégie gouvernementale défend les « alliances éducatives dans les établissements scolaires », afin de « rapprocher les parents de la communauté éducative, dans l’objectif de renforcer leurs rôles dans l’accompagnement scolaire et l’éducation de leurs enfants ».
Et de rappeler l’existence de dispositifs comme la « mallette des parents », la « Trousse à projet », ou l’opération « ouvrir l’École aux parents pour la réussite des enfants », qui vise à « favoriser l’intégration des parents d’élèves, primo-arrivants, immigrés ou étrangers hors Union européenne ».
Selon cette même logique, le gouvernement veut « mieux coordonner les actions de prévention primaire » ayant lieu dans les établissements « avec l’ensemble des acteurs scolaires, péri et extrascolaire ». Le plan préconise de :
- réunir au moins une fois par an les acteurs de la prévention pour mieux connaître l’offre départementale en matière de prévention primaire,
- rapprocher les acteurs de la prévention des acteurs de l’Éducation nationale pour partager les problématiques,
- élaborer un outil simple retraçant les étapes clés d’un parcours de prévention primaire, de l’enfance à l’âge adulte, adapté aux principaux risques de notre société ».
Former à la santé mentale
La question de la santé mentale des jeunes est aussi abordée, avec la nécessité rappelée « d’agir dès le plus jeune âge pour renforcer la prévention, faire alliance avec les partenaires de l’École pour garantir une prise en charge plus efficace ». Pour cela, l’Éducation nationale est invitée à :
- développer, d’ici la fin de l’année 2028, les protocoles de santé mentale dans chaque établissement scolaire,
- former deux personnels repères en santé mentale dans chaque circonscription pour le premier degré et dans tous les collèges et les lycées d’ici la fin de l’année scolaire 2026,
- former à la santé mentale les inspecteurs du premier degré et les personnels de direction,
- renforcer la formation des personnels sociaux et de santé en faveur de la santé mentale,
- valoriser dans l’Académie numérique de la prévention le protocole de santé mentale, les kits de formation et les kits de repérage et d’intervention à destination de toute la communauté éducative.
À noter que toutes ces mesures étaient déjà prévues depuis juin 2025, dans le cadre du plan santé mentale du MEN.
Renforcer les liens entre la lutte contre le décrochage scolaire et les acteurs de la prévention
La lutte contre la délinquance passe aussi par le maintien des élèves à l’école. La stratégie gouvernementale indique ainsi que l’Éducation nationale doit jouer un rôle dans « la prévention et la lutte contre le décrochage scolaire », qui permet « d’éviter les situations de chômage ou de précarité de l’emploi, d’isolement ou de délinquance ». Le gouvernement compte donc sur l’EN pour :
- « identifier le plus tôt possible les jeunes en difficulté,
- repérer les familles en difficulté et les orienter vers les dispositifs adaptés et notamment les dispositifs de soutien à la parentalité et les conseils des droits et devoirs des familles (CDDF),
- mobiliser les protocoles d’accompagnement et de responsabilisation des parents (PAR), l’obligation de formation, les dispositifs Avenir pro ou Tous droits ouverts ».
De même, il est important de « proposer un accompagnement aux élèves durant les phases d’exclusion scolaire », indique le plan, via « des dispositifs comme ACTE (Accompagnement des Collégiens Temporairement Exclus) piloté par le département et la DSDEN ».
Le document souligne par ailleurs que la participation d’un représentant de l’Éducation nationale au CLSPD « garantit un temps d’échange et de partage d’information, s’agissant des questions relatives au suivi individuel pour des cas particuliers d’élèves en situation de décrochage,
Prévenir le harcèlement scolaire
Enfin, un volet de la stratégie gouvernementale est dédié à la lutte contre le harcèlement scolaire. Pour cela, le document recommande « d’assurer le plein déploiement et le suivi du plan interministériel de lutte contre le harcèlement de 2023 », c’est à dire :
- « continuer à promouvoir le numéro vert 3018 dans un objectif de renforcement de l’alerte et du repérage,
- favoriser le repérage et le signalement, en faisant connaître les outils,
- apporter une réponse systématique et adaptée aux victimes et aux auteurs, même hors du champ pénal,
- promouvoir les projets innovants et favoriser leur essaimage, notamment en suivi et accompagnement des auteurs de harcèlement afin d’éviter les récidives ».
Parmi les autres points abordés dans la stratégie du gouvernement :
- sensibiliser les jeunes à la haine en ligne et aux risques liés aux usages numériques », à travers « plusieurs temps de sensibilisation aux usages du numérique » comme l’ EMI ou le parcours Pix,
- favoriser la découverte des institutions par les élèves dans le cadre d’un stage d’observation « parcours de découverte des institutions » et « diffuser ces offres de stage sur les plateformes dédiées, pilotées par l’Éducation nationale »,
- soutenir et promouvoir les compétences psychosociales (CPS) auprès des collectivités, en « amplifiant les effets de la stratégie interministérielle pilotée par les ministères en charge de la Santé et de l’Éducation nationale ».

